Parc National
Créé en 2007, le Parc national de La Réunion protège une grande partie des Hauts de l’île et porte un double rôle : préserver un patrimoine naturel exceptionnel et accompagner un développement respectueux des territoires habités, cultivés et vécus au quotidien.
Une création récente, issue d’une longue maturation
Le Parc national de La Réunion a été créé par décret le 5 mars 2007. Sa naissance n’est pourtant pas le fruit d’une décision soudaine : elle résulte de plusieurs décennies de réflexion autour de la protection des Hauts, de la biodiversité, des paysages et du caractère unique de l’île.
Les premières grandes réflexions remontent aux années 1980, dans le cadre des politiques d’aménagement et de protection de l’environnement. Les années 2000 voient ensuite s’accélérer la concertation avec les communes, les institutions, les propriétaires, les usagers et les acteurs locaux, jusqu’à l’enquête publique qui précède la création officielle du Parc.
Après 2007, une phase d’installation s’ouvre : constitution des équipes, mise en place de la gouvernance, organisation du travail de terrain et élaboration de la Charte. Cette dynamique débouche en 2010 sur une reconnaissance internationale majeure avec l’inscription des « Pitons, cirques et remparts de l’île de La Réunion » au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Un espace vaste, structuré en plusieurs niveaux
Le Parc national s’organise autour d’un cœur protégé qui couvre 42 % de la surface de l’île, soit 105 447 hectares. À cela s’ajoute une aire d’adhésion plus large, où les communes choisissent librement de s’engager dans le projet de territoire porté par la Charte.
Le Parc n’est pas un espace “vide” ou entièrement sanctuarisé : il comprend aussi des zones habitées, des îlets, des secteurs agricoles et des espaces où la présence humaine ancienne fait partie de l’identité des Hauts.
Le cœur du Parc forme un ensemble globalement continu, ce qui lui donne une forte cohérence écologique. Il inclut de grands massifs, des remparts, des forêts, des plaines d’altitude, des ravines et des zones volcaniques. C’est dans ce cœur que s’applique la réglementation spécifique du Parc national.
On y trouve aussi un cœur habité, notamment dans certains îlets de Mafate et au secteur des Salazes, ainsi qu’un cœur cultivé dans quelques zones historiques de cultures, d’élevage ou de forêts exploitées. Cette réalité distingue le Parc de l’image simpliste d’un espace uniquement sauvage : ici, la protection s’articule avec des pratiques humaines anciennes.
Une mission de protection, mais aussi de projet de territoire
La mission centrale du Parc national est la protection des patrimoines naturel, paysager et culturel. À La Réunion, cet enjeu est particulièrement fort en raison de l’endémisme, de la fragilité des milieux insulaires et de la concentration d’une biodiversité remarquable dans les Hauts.
La Charte du Parc national, approuvée en 2014, fixe le projet du territoire pour le cœur et pour l’aire d’adhésion. Elle ne se limite pas à une logique de réglementation : elle propose une vision d’ensemble pour mieux concilier conservation, accueil du public, activités humaines, transmission culturelle et développement durable.
Le Parc intervient ainsi dans la connaissance scientifique, la gestion des milieux, l’accompagnement de projets locaux, la sensibilisation, l’éducation à l’environnement, la valorisation des savoir-faire et le soutien à certaines démarches économiques compatibles avec les patrimoines des Hauts.
C’est aussi dans cette logique qu’existe la marque Esprit Parc national, qui met en avant des produits, services et prestations engagés dans le respect du territoire, de ses ressources et de ses acteurs locaux.
Les « Pitons, cirques et remparts » au patrimoine mondial
En 2010, les « Pitons, cirques et remparts de l’île de La Réunion » ont été inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette inscription reconnaît à la fois la beauté spectaculaire des paysages réunionnais et la valeur exceptionnelle de leurs habitats naturels.
Le Bien UNESCO coïncide largement avec le cœur du Parc national, complété par quelques sites supplémentaires en aire d’adhésion.
Cette reconnaissance internationale ne crée pas une réglementation nouvelle indépendante du Parc, mais elle renforce la responsabilité de la France et des gestionnaires dans la préservation du site, de son intégrité paysagère et de ses habitats.
Ce classement repose notamment sur deux idées fortes : d’une part un relief volcanique et érosif spectaculaire, composé de pitons, de cirques et de remparts ; d’autre part une mosaïque de milieux naturels qui abrite une biodiversité insulaire de tout premier plan.
Un patrimoine reconnu, mais sous pression
Le Parc national de La Réunion protège un territoire exceptionnel, mais cette valeur ne le met pas à l’abri. Les espèces exotiques envahissantes restent aujourd’hui la menace la plus souvent pointée, car elles fragilisent les habitats et mettent en danger de nombreuses espèces indigènes et endémiques.
L’IUCN avait déjà signalé en 2017 une dégradation préoccupante de l’état de conservation du Bien UNESCO, en soulignant notamment l’ampleur des invasions biologiques, les besoins de coordination renforcée et l’impact d’événements comme les incendies.
Les évaluations les plus récentes restent prudentes : elles rappellent que la valeur du site demeure exceptionnelle, mais que sa préservation à long terme dépend d’une action continue, coordonnée et suffisamment dotée pour contenir les menaces les plus lourdes.
Autrement dit, le Parc national est à la fois une réussite majeure de protection et un territoire où rien n’est acquis : la conservation demande un effort permanent, discret, technique et souvent de longue durée.
